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USA-Malgré le redécoupage électoral, les républicains peuvent encore perdre les "midterms"
information fournie par Reuters 13/05/2026 à 15:26

par Joseph Ax et Tim Reid

Les républicains ont remporté la bataille du redécoupage électoral aux Etats-Unis, mais ce succès pourrait ne pas leur suffire à maintenir leur emprise sur la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat, au mois de novembre.

Selon des analystes indépendants, alors que le redécoupage pourrait permettre au parti de Donald Trump de gagner jusqu'à une douzaine de sièges actuellement détenus par les démocrates, les républicains risquent aussi de pâtir de la faible cote de popularité du président.

La tendance voulant que le parti du locataire de la Maison blanche perd traditionnellement des sièges à l'occasion des "midterms" pourrait également jouer son rôle.

Conclusion : de nombreux observateurs estiment toujours que les démocrates se présenteront en position de force lors des élections à la Chambre, où les républicains détiennent actuellement une faible majorité.

"Il est incontestable que les chances des républicains à la Chambre des représentants ont augmenté", a déclaré Jacob Rubashkin, qui analyse le scrutin à venir pour le site de prévisions électorales Inside Elections. "Mais rien n'a changé dans la politique sous-jacente", a-t-il toutefois ajouté.

Les efforts de redécoupage électoral des républicains, amorcés par Donald Trump en 2025, ont bénéficié ces dernières semaines de deux décisions judiciaires favorables, l'une de la Cour suprême et l'autre de la plus haute juridiction de Virginie.

En 2024, le parti de Donald Trump a conservé de justesse la majorité à la Chambre, qui compte 435 représentants, avec trois sièges d'avance. Les républicains ont toutefois redécoupé en leur faveur 14 circonscriptions dans six États et leurs législateurs cherchent à en modifier trois ou quatre de plus, notamment en Louisiane et en Alabama.

AVANTAGE AUX DÉMOCRATES DANS LES SONDAGES

Les démocrates ont pour leur part réussi à gagner cinq sièges en Californie, ainsi qu'une nouvelle circonscription dans l'Utah, grâce à une décision judiciaire.

Avec les différentes cartes électorales redessinées au niveau des États, les démocrates devront probablement remporter les élections avec une avance de 3 à 4 points de pourcentage au niveau national pour obtenir la majorité à la Chambre, estime Kyle Kondik, analyste à l'université de Virginie.

La plupart des enquêtes d'opinion montrent qu'ils dépassent cette marge, du moins pour l'instant.

Selon un sondage Reuters/Ipsos clôturé lundi, 41% des électeurs inscrits ont déclaré qu'ils voteraient pour le candidat démocrate dans leur circonscription si l'élection avait lieu aujourd'hui, contre 35% qui se sont prononcés en faveur du candidat républicain.

Cet écart de six points de pourcentage semblerait suffisant en novembre pour compenser l'avantage que le redécoupage électoral a donné aux républicains.

Lors des élections de mi-mandat de 2018 - deux ans après le début du premier mandat présidentiel de Donald Trump - les démocrates ont profité d'une vague de mécontentement à l'égard du dirigeant républicain pour obtenir un gain net 41 sièges à la Chambre des représentants et ainsi s'assurer une confortable majorité.

A l'issue des "midterms" de 2022 - deux ans après l'entrée en fonction du président démocrate Joe Biden - les républicains n'ont quant à eux réussi à gagner que neuf sièges de plus que les démocrates à la suite d'une décision de la Cour suprême, à majorité conservatrice, restreignant le droit à l'avortement.

"L'avance actuelle des démocrates dans les sondages au niveau global devrait suffire, mais s'ils se retrouvent dans une situation similaire à celle de 2022, le résultat sera plus incertain", selon Kyle Kondik.

IRAN ET INFLATION

Les républicains sont pour l'heure confrontés à des vents contraires, notamment l'impopularité de la guerre contre l'Iran et la hausse de l'inflation et celles des coûts de l'énergie qui en découlent.

Seuls 36% des Américains approuvent ainsi la façon dont Donald Trump s'acquitte de ses fonctions, contre 63% qui la désapprouvent, selon le dernier sondage Reuters/Ipsos.

Le parti du président rejette l'idée selon laquelle les démocrates seraient favoris pour remporter la Chambre des représentants.

"Les républicains à la Chambre sont à l'offensive car nous avons des candidats solides, un avantage historique en matière de collecte de fonds, un message gagnant et une carte électorale favorable pour défier l'histoire et renforcer notre majorité", a déclaré Mike Marinella, porte-parole de la campagne républicaine au niveau national.

Il y a à peine deux semaines, les démocrates semblaient convaincus d'avoir largement contrecarré la tentative de Donald Trump d'inciter les États républicains à redessiner les cartes électorales, après la validation de redécoupages favorables à leur camp par les électeurs de Californie et de Virginie, qui eux-mêmes faisaient suite à des décisions similaires d'États dirigés par le parti présidentiel tels que le Texas, la Caroline du Nord et le Missouri.

Mais les républicains de l'assemblée de l'État de Floride ont approuvé le 29 avril une carte visant à faire basculer quatre sièges détenus par les démocrates.

Le même jour, une décision de la Cour suprême des États-Unis sur le droit de vote a ouvert la voie à la suppression de circonscriptions à majorité noire qui ont historiquement favorisé les démocrates. Et les législateurs républicains des États du Sud se sont empressés d'en tirer parti.

"CONTRE-OFFENSIVE MASSIVE"

Le 8 mai, la Cour suprême de Virginie a rejeté une nouvelle carte électorale dessinée par les démocrates - et approuvée par les électeurs -, qui visaient quatre sièges de la Chambre détenus par les républicains.

Les démocrates de Virginie ont déposé une requête d'urgence auprès de la Cour suprême des États-Unis pour faire annuler la décision de la plus haute juridiction de l'Etat. Des procédures judiciaires sont par ailleurs en cours en Floride, au Tennessee, en Louisiane, entre autres, pour tenter de bloquer les projets républicains.

Hakeem Jeffries, chef de file des démocrates à la Chambre des représentants, a promis lundi dans une lettre adressée à ses collègues que son parti l'emporterait malgré tout en novembre et lancerait ensuite une "contre-offensive massive" en matière de redécoupage électoral en vue du scrutin de 2028.

Des démocrates estiment en outre que les décisions de justice défavorables à leur camp pourraient mobiliser leurs électeurs et les inciter à se rendre aux urnes en novembre.

Rodney Willett, délégué démocrate de Virginie qui a joué un rôle central dans l'adoption par les électeurs, le mois dernier, de la carte électorale désormais invalidée, a déclaré qu'il recevait sans cesse des SMS, des appels et des messages sur Facebook de la part d'électeurs en colère depuis la décision de la Cour suprême de l'Etat.

"Il y a eu une énorme déception et une frustration palpable", a-t-il déclaré avant une rencontre avec des démocrates. "Mon message (...) sera de dire aux gens de canaliser cette énergie et d'élire des personnes dont nous savons qu'elles feront un meilleur travail."

Sharice Davids, représentante démocrate du Kansas qui a conservé son siège malgré un redécoupage de sa circonscription réalisé par les républicains en leur faveur en 2022, a déclaré que ce redécoupage avait contribué à mobiliser l'électorat démocrate.

Les démocrates, a-t-elle déclaré à Reuters, devraient faire valoir auprès des électeurs que Donald Trump et ses soutiens tentent de "truquer le système pour conserver leur pouvoir politique".

(Reportage Joseph Ax à New York et Tim Reid à Washington, version française Benjamin Mallet, édité par Benoit Van Overstraeten)

1 commentaire

  • 16:55

    Il faut que le peuple américain réagisse, et renvoie Trump-Follamour dans les poubelles de l'histoire.


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